Libération: Pour qui roulent les Stups?

24 mai 2016

Les révélations de « Libération » sur le rôle clé supposé de l’ex-patron de l’office central dans un des plus gros trafics de cannabis d’Europe suscitent de nombreuses interrogations.

Depuis la publication de nos révélations sur les méthodes de François Thierry, ancien grand patron des Stups d’avoir couvert le plus gros trafiquant français, les autorités observent un silence gêné. Aucune réaction de la chancellerie ou de l’Intérieur, à part en off, pour tenter de calmer le jeu. Place Beauvau, on attend les conclusions des investigations menées par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), en expliquant que rien de permet, à ce stade, d’impliquer directement François Thierry, un policier au professionnalisme par ailleurs unanimement loué.

Les informations livrées par notre source à l’IGPN, chargée d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris, seraient jugées parcellaires et sujette à caution. Pas sûr néanmoins que cette ligne de défense tienne très longtemps. Selon nos informations, de nouveaux éléments sont tombés ces derniers jours dans l’escarcelle de la « police des polices ». Lieux, dates, noms des protagonistes, numéros de téléphone…Les « bœuf-carottes » disposent désormais de plus amples précisions sur les méthodes utilisées par l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Octris). Autre argument avancé par la haute hiérarchise policière pour déminer le dossier: le recours à des « livraisons surveillées », qui permet de laisser passer de la drogue pour mieux faire tomber des trafiquants, est parfaitement légal. C’est vrai, mais uniquement quand des réseaux sont démantelés à l’arrivée. Et surtout pas quand le principal auteur du trafic est protégé en haut lieu comme c’était le cas de Sofiane H, interpellé en Belgique le 22 février, après quatre mois de cavale. Incarcéré depuis, l’ancien indic menace de tout déballer.

En attendant les suites judiciaires des deux enquêtes ouvertes au parquet de Paris, de nombreuses questions sont d’ores et déjà posées. A commencer par celle-ci : jusqu’où peut-on aller pour combattre l’illégalité ? Une interrogation qui a plané sur tout le procès de Michel Neyret, ancien numéro 2 de la PJ lyonnaise, actuellement jugé à Paris pour «corruption», «trafic de stupéfiants» et «association de malfaiteurs». Dans son réquisitoire accablant – elle a réclamé quatre ans de prison dont dix-huit mois avec sursis -, la vice-procureure de la République de Paris, Annabelle Philippe, a fait une allusion à l’affaire impliquant François Thierry. Libération a interrogé plusieurs personnalités spécialistes de la lutte contre la délinquance organisée, dont Emmanuel Daoud

Avocat pénaliste au barreau de Paris, Emmanuel Daoud défend notamment un des policiers jugés dans l’affaire Neyret.

«Cette affaire est ahurissante. Imaginer que des policiers ont pu décharger des ballots de cannabis, en Espagne, pour les mettre dans des voitures, défie l’entendement. Rien ne nous dit que toute cette drogue a été récupérée. A qui était-elle vendue ? Qui l’a consommée ? Ce sont nos enfants. Il va bien falloir que la police et la justice se demandent si la fin justifie tous les moyens, et jusqu’où peuvent aller les enquêteurs pour démanteler des réseaux. On parle ici d’alimentation du marché français depuis l’international, avec des quantités astronomiques. Un trafic favorisé par le patron de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) pour privilégier un indic et faire tomber ses concurrents.

Au-delà de l’éthique et de la morale, il faut aussi s’interroger sur ces techniques au regard du code de procédure pénale. C’est la question de la loyauté des moyens mis en œuvre pour l’administration de la preuve qui est ici posée. Le démantèlement des réseaux ne justifie pas de tels moyens. Quand le scandale Neyret a éclaté, le ministère de l’Intérieur a voulu en faire une affaire exemplaire. Tous les pontes de la police judiciaire ont défilé pour rappeler les grands principes. Mais lorsqu’on voit ce type de dossiers, on se demande où est l’exemplarité. »

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